DIALOGUE AVEC LA BROUSSE

Village, ethnie et développement  
Préface de Jean Ziegler

 L'Harmattan

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Le développement participatif est à la mode...



Beaucoup en font sans le savoir, en particulier les passionnés, ceux qui, par amour du jeu, se battent en appliquant ce vieux principe hindou: qu'importe les résultats, pourvu que l'action soit juste ! Car, seuls les missionnaires, les fous ou les artistes s'impliquent totalement dans des projets de développement où le progrès socio-économique n’est pas toujours primordial pour certains des acteurs, les projets représentant avant tout des ressources économiques ou des avantages politiques pour les cadres et techniciens locaux, les experts européens ou occidentalisés, les représentants des gouvernements et des administrations...
Quant aux populations-cibles, elles ne bénéficient que d'un faible pourcentage des dépenses engagées et ne sont consultées ou informées que pour la forme. En fait, elles sont absentes des circuits de décision et elles ne comprennent pas les règles d'un jeu qui les concerne au plus haut point...
Or l'Afrique est hagarde, inquiète, dans un état avancé de délabrement avec la chute des cours, l'accumulation de la dette et la faillite des Etats. La vie quotidienne relève aujourd'hui des ruades désespérées de la bête aux abois...

La pauvreté peut être combattue, mais il faut la traquer au quotidien par des puits, des écoles, des canaux d’irrigation plutôt que par l’injection de millions de dollars que l’on surveille de loin à travers un arsenal administratif. Si l’augmentation de l’aide au développement est un devoir pour les plus riches nations de la planète, les procédures d’octroi doivent changer de manière drastique car, souvent, cette aide ne sert à rien.
Si on collectionne les échecs depuis plus de 40 ans, si rares sont les résultats qui se pérennisent sur le long terme, c'est souvent à cause d'un management déficient et d’une bureaucratisation excessive. Ainsi, les directeurs de projet sont contraints de passer plus de temps à écrire des rapports qu’à aller sur le terrain pour contrôler et dynamiser, avec leurs partenaires villageois, les politiques mises en œuvre.
Or le succès, dans des systèmes déstructurés mais rétifs à des modèles imposés de l'extérieur, consiste d'abord en l'établissement de relations de confiance, en l'instauration d'un véritable dialogue, fût-il informel, entre le féticheur et le développeur. Il faut non seulement de l'organisation mais aussi de l'enthousiasme, du charisme, de l'énergie pour gagner le pari de la modernisation. Le développement doit se conduire comme une entreprise créatrice (sociale, économique et politique) et non comme un business à l'abri des climatiseurs. Bien sûr, les obstacles sont nombreux: convoitise des fonctionnaires, immobilisme des paysans, bureaucratie des bailleurs de fonds, etc. Mais il faut se battre avec sa volonté, sa ténacité, son imagination et parfois sa diplomatie...

L’analyse du milieu reste un préalable indispensable. Il faut connaître les structures sociologiques élémentaires, passer un temps minimum sur le terrain et établir des liens avec les bénéficiaires potentiels. Cependant, les enquêtes participatives ne doivent pas, non plus, être trop longues au risque de devenir fastidieuses et de lasser les paysans. Inutile de faire de l’art pour l’art ! Il suffit de comprendre et de convaincre en réunissant le consensus le plus large possible au niveau villageois. Cette focalisation sur le rôle central du village, lieu significatif dans le domaine du développement rural, facilite l'identification des projets les plus jouables, ceux qui sont en résonance avec le terrain, ses potentialités, son degré de modernisation ou sa cohésion.
La stratégie recommandée comprend donc une évaluation du milieu, de ses potentialités, de son dynamisme ; puis, en collaboration avec les populations cibles, une définition des actions prioritaires en fonction de leurs besoins et des caractéristiques du terrain.

Nous proposons dans ce livre une méthodologie facilement maîtrisable qui permet, à partir de quelques paramètres fondamentaux, de dévoiler les piliers de l'architecture traditionnelle. On peut reprocher à ce système de simplifier une réalité complexe ou de donner une photographie trop floue... En fait, l'expérience montre que les grandes trames de l'organisation villageoise sont décelées et que les questionnaires offrent des images relativement fiables du terrain quand ils ont été conçus à partir d'enquêtes plus denses de style non directif.