PETITES ENTREPRISES AFRICAINES
ET MICROFINANCE

 Epargne sans Frontières n48/49, Paris, 1997/1998

Extraits

L'efficacité du fonctionnement des systèmes financiers décentralisés en Afrique est l'un des rares succès obtenus au cours de ces dernières années. La microfinance a ainsi pris la suite de projets de développement qui confondaient souvent crédit et subvention ou obtenaient des taux de remboursement élevés grâce à une assistance technique hors de prix. Cependant, malgré leur réel impact sur le terrain, les SFD - Systèmes Financiers Décentralisés appelés aussi IMF, Institutions de Micro Finance - n'arrivent toujours pas à satisfaire les besoins des petites et micro-entreprises.

 I. QU'EST-CE QU'UNE PETITE et MICRO ENTREPRISE (ME)?

En ce, début de siècle, la répartition du PIB en Afrique Noire se fait entre les secteurs agricole, moderne et informel. L'informel n'a quasiment aucun droit de cité, alors qu'il assure la survie des économies urbaines. Il accueille l'essentiel de l'exode rural depuis bientôt trente ans et bénéficie des taux de croissance les plus élevés dans les villes bouillonnantes de l'an 2000. On estime la contribution du secteur non structuré à environ 30% du PIB dans les pays sahéliens, à égalité avec le secteur primaire et devant le secteur industriel. Environ 75% des emplois urbains seraient fournis par le secteur non structuré dont la croissance, entre 1985 et 1992, a été plus rapide que celle du secteur moderne et du secteur primaire.

Le secteur informel (ou non-structuré) occupe cependant un immense espace qu'il faut segmenter, car il regroupe des ensembles peu homogènes. Qu'y a-t-il en effet de commun entre un marchand ambulant de cigarettes ou de légumes et un soudeur ou un menuisier ?

 Les petites et micro entreprises (ME) susceptibles d'accéder à la microfinance appartiennent en général au secteur informel supérieur et possèdent des caractéristiques entrepreneuriales: locaux fixes, activité régulière (non saisonnière) et capital compris, selon nos observations, entre 150.000 FCFA et 15 millions FCFA. Les plus petites d'entre elles ressemblent aux micro-entreprises tandis que les plus importantes sont proches du secteur intermédiaire. Malgré une comptabilité sommaire (cahier entrée-sortie), les entreprises dégagent néanmoins un excédent brut d'exploitation, qui leur permet de renouveler leur équipement ou de faire des investissements, bref de prétendre à la croissance.

II. LE FINANCEMENT DES PETITES ENTREPRISES



A. Les systèmes financiers décentralisés

Le financement bancaire étant difficilement accessible et le financement informel insuffisant, les systèmes financiers décentralisés ou SFD jouent un rôle important en corrélation avec les projets à volet crédit.

1. Caisses d'épargne et de crédit

Les coopératives d'épargne et de crédit "mutualistes" insistent sur la nécessité d'une épargne préalable (argent chaud) avant l'octroi d'un crédit.

Au Burkina, le Réseau des caisses populaires RCPB, a été créé en 1972 et cofinancé par un fonds canadien. Il compte plus de 100.000 membres, 57 caisses populaires en milieu rural, urbain ou semi-urbain, et aussi 182 caisses villageoises. Pour une épargne collectée de 4,6 milliards, il octroie 2,3 milliards de crédits à 7.000 de ses membres, soit un taux de réemploi de 50%. 30% des bénéficiaires sont des femmes, 60% des hommes et 10% des groupements.

 Le RCPB est implanté dans des milieux où les gens se connaissent et où la pression sociale est assez forte pour garantir les remboursements. Pour bénéficier d'un prêt, il faut être membre de la caisse, constituer une épargne préalable représentant 25% du crédit demandé qui est bloquée en garanti, et bénéficier de la confiance des autres mutualistes. La plupart des crédits sont des crédits de proximité, c'est-à-dire des crédits dans un rayon de 15 kilomètres autour de la caisses. Leur montant maximum peut atteindre 3 millions, le crédit moyen étant de 307.000 FCFA en 1995 et de 400.000 en 1997 avec un taux d'intérêt de 10%.

 Les crédits octroyés par les caisses populaires sont:

• des crédits de consommation : avance sur salaire, crédit social (baptême, funérailles), crédit immobilier, crédit véhicule ;

• des crédits agricoles : crédit d'intrants, crédit d'équipement ;

• des crédits immobiliers : achat, construction, rénovation ;

• des crédits commerciaux : fonds de roulement/achat de stocks, achat d'outillage ou d'équipement agricole ou de transformation.

Au Mali, le réseau des caisses d'épargne et de crédit NYESIGISO créé en 1990 est le cousin du RCPR: il bénéficie lui-aussi de l'assistance de Desjardins (DID). Il compte 23.500 membres, 37 caisses dont 12 en milieu rural, 25 en milieu urbain ou semi-urbain. En 1996, pour une épargne collectée de 1,2 milliards FCFA dont 42% collectée auprès des femmes, il a octroyé 859 millions FCFA de crédits à ses membres, soit un taux de réemploi au niveau national de 70%. Les caisses du réseau Nyésigiso sont elles-aussi interdépendantes, ce qui permet par exemple de faire circuler l'argent entre les régions.

Toujours au Mali, le CIDR développe une approche originale, basée sur la mise en place de caisses à un niveau strictement villageois. Les différents réseaux CIDR sont indépendant et ne sont pas fédérés au niveau national. De plus, chaque caisse a une relative indépendance dans la fixation des taux d'intérêt, de rémunération de l'épargne ou des termes de crédit.

Le fonctionnement des caisses est assuré par les villageois qui se rémunèrent en fonction des bénéfices des caisses. Une marge minimum de 20% en phase de lancement et de 15% en régime de croisière, c'est-à-dire entre le taux auquel elles rémunèrent leur épargne et celui auquel elles octroient leurs crédits (40%), serait nécessaire aux caisses pour assurer leur rentabilité.

Les différents réseaux impulsés par le CIDR au Mali regroupent aujourd'hui 41.000 membres dans 191 unités de base (Caisses villageoises ou groupes de femmes). Ils gèrent un encours moyen 1996 (six mois) de 207 millions (dépôts à terme et épargne) et un encours moyen 1996 (six mois) de 472,5 millions de crédits, le CIDR se refinançant auprès de la BNDA.

2. Le crédit solidaire

Il s'agit ici de crédits garantis par des groupes de caution solidaire (surtout de femmes) selon le modèle Grameen Bank (voir partie anglophone du site in Essays : Small enterprise and microfinance, 2. Joint Credit). A la différence des caisses d'épargne et de crédit, l'argent prêté ici est apporté de l'extérieur et le crédit précède l'épargne (argent froid).


3. Le crédit direct

Ici, le crédit n'est pas précédé par une épargne préalable obligatoire. Le fonctionnement des systèmes de crédit direct est en fait très proche de celui des banques, ces SFD jouant le rôle de banques pour le secteur informel.

Au Sénégal, l'Agence de crédit pour l'entreprise (ACEP) est une structure para-bancaire, qui se positionne comme la banque du secteur informel. Au début, les prêts étaient inférieurs à un an mais le crédit à moyen terme est devenu de plus en plus important atteignant, en 1995, 2,9 milliards FCFA d'encours moyen terme (1 à 3 ans) pour 430 millions d'encours court terme.

Le taux d'intérêt est de 16% plus 1% d'ouverture de dossier. Le taux élevé de remboursement - 99% - est obtenu grâce à une sélection sévère des candidats au crédit et à des prises de garantie réelles et personnelles, le montant du crédit ne pouvant dépasser 75% de la valeur de la garantie. Le système de garantie (nantissement, hypothèque, aval, gage) n'intervient qu'après une analyse de la moralité et de la crédibilité de l'entrepreneur.

L'agence ne finance que des entreprises déjà existantes, après avoir étudié leur rentabilité, l'essentiel de la clientèle étant constituée par des dirigeants de petites et micro-entreprises. L'ACEP a bénéficié à sa création en 1986 d'un fonds de crédit de 550 millions FCFA de l'USAID. Comme la plupart des SFD, c'est grâce à son approche de proximité et au suivi permanent de ses clients, qu'elle affiche de bons résultats. En devenant bénéficiaire dès 1993, l'Agence a été l'un des premiers SFD à prouver que le financement du secteur informel pouvait être une activité rentable.

B. Banques et refinancement

Le rôle des banques a été longtemps mineur par rapport à celui joué par les projets internationaux et les SFD. En effet, les banques ne s'intéressent pas aux petites entreprises sous prétexte qu'elles sont insaisissables, n'ont pas de comptabilité et ne présentent pas de garanties. En fait, les banques, qui ne connaissent pas les PE, utilisent une technologie inadaptée et ont une mauvaise appréhension du risque. De plus, leur motivation est faible, le coût et les frais de suivi d'un petit crédit étant les mêmes que ceux d'un prêt plus important.

Cependant certaines banques agricoles, la CNCA au Burkina ou la BNDA au Mali, collaborent étroitement avec des SFD en refinançant certains systèmes financiers décentralisés qui interviennent auprès des petites et microentreprises. La philosophie qui consistait à vouloir développer des institutions de proximité autonomes et indépendantes de tout concours financier externe a atteint ses limites. Par exemple au Mali, la BNDA est devenue un partenaire à part entière dans la stratégie de développement des structures de micro-financement.  

Epargne, crédit et refinancement au Mali

Caisses épargne et de crédit Nb. de caisses/ groupes
Nb. de membres ou clients
 Encour-sépargne
 Encours crédit
  Ligne de crédit
Refinan- cement

1. Kafo Jiginew (CMDT)

74

46 078

1 686,5

2 076,0

200

700,0

2. Nyésigiso (DID)
37
23 464
1 175,2
859,0
 
-
3. CIDR/Pays Dogon
52
21 495
173,5
418,4
99,8
232,1
4. CDR/Office du Niger
27
9 042
115,4
540,5
165,5
420,4
5.CIDR/Kayes
47
13 429
48,7
86,5
12,4
45,8
6.KondoJigima (Suisse)
21
6 202
352,5
297,0
20
11,5
7. CRMD (Pays-Bas)
34
10 230
136,8
418,0
?
1 140,2
Autres
72
5 390
92,2
71,5
 
-

Sous-total

364
135 330
3 780,8
5 766,9
 
2 550,0

Source: D'après le tableau de synthèse sur les réseaux SFD, 31/12/96, BCEAO

 III. L'EVOLUTION DES POLITIQUES DE CREDIT

La tendance actuelle est de séparer le crédit de celles de tout autre appui comme la formation, le conseil, l'organisation, etc. En effet, devant les difficultés de remboursement rencontrées par beaucoup de projets ainsi que leur coût ou leur inadaptation aux besoins, les bailleurs tendent de plus en plus à externaliser les activités de crédit pour les confier à ces nouveaux professionnels: les SFD. .

 A. Grandeur et décadence des projets de crédit.

Comme on l'a vu plus haut, les bailleurs de fonds ont d'abord tenté de pallier aux défaillance du système bancaire en se faisant banquiers. Au lieu de mettre des lignes de crédit à la disposition des banques, ils se sont mis à les gérer eux-mêmes à moins qu'ils n'accordassent des fonds de crédit à des ONG, parfois destinées à devenir plus tard des SFD majeurs tels que l'ACEP ou PRODIA.

Pour que le système puisse fonctionner, il fallait assurer un taux élevé de remboursement. Cependant ces projets d'appui aux petites entreprises qui octroient du crédit se caractérisent par un coût élevé, avec un impact incertain et une pérennité hypothétique. Leur frais de fonctionnement restent très élevés.

De plus, ces projets sont trop ambitieux: ils se focalisent trop sur le secteur moderne et ne s'occupent pas assez de la véritable clientèle de cette fin de siècle, celle du secteur intermédiaire. Les banques ont de l'argent et les grands entrepreneurs des capitaux. Il vaut mieux soutenir en priorité les PE, qui ont un capital de 150.000 à 15 millions FCFA, sans vouloir à tout prix les transformer en bonnes citoyennes qui paient régulièrement leurs charges. Ces entreprises de l'informel supérieur en milieu urbain sont susceptibles d'éclore et de prospérer ; elles ont un marché assuré avec la croissance des villes (5% par an) et la modernisation des styles de consommation, la part du PIB urbain étant passé de 38% en 1960, à 66% en 1990 en Afrique de l'Ouest.

Quant aux projets intégrés à volet crédit, leur approche s'est révélée non professionnelle non seulement vis-à-vis du crédit comme outil de développement, mais aussi par rapport aux SFD auxquels ils font une concurrence déloyale.

 B. L'irrésistible émergence des SFD.

L'importance des SFD devient majeur dans les pays sahéliens : ils représentent environ 10% des encours bancaires au Burkina et leur refinancement au Mali s'élève à 2,5 milliards FCFA. Leur intervention peut être déterminante dans l'avenir, en particulier dans la zone sahélienne où les besoins en crédit, à part le Burkina, sont en général couverts à moins de 7%. Aussi, externalise-t-on de plus en plus l'activité du crédit, l'intérêt de cette approche étant :

(i) d'être pragmatique et moins onéreuse,

(ii) de mettre en place des processus de financement sur le long terme quand on s'appuie sur des SFD performants,

(iii) de bénéficier de la puissance de réseaux régionaux et parfois même nationaux,

(iv) enfin de bénéficier d'une technologie financière qui assure des taux élevés de remboursements.

IV. MICROFINANCE ET MICROENTREPRISES.

Malgré leur nombre les SFD ne couvrent qu'une faible partie des besoins de la population (environ moins de 10%), les petites entreprises urbaines étant fort inégalement soutenues par des organismes souvent focalisés sur les besoins du monde rural.

Notons l'importance des femmes, une cible primordiale dans de nombreux systèmes. L'accès des femmes au crédit est d'ailleurs un apport considérable des SFD, leurs groupements étant de surcroît de bien meilleurs payeurs que les groupements d'hommes..

 A. Spécificité des SFD : proximité et sécurisation des emprunts

L'approche de proximité est une caractéristique essentielle des caisses d'épargne et de crédit. C'est elle qui explique le fort taux de remboursement : les membres, qui se connaissent, filtrent l'accès des demandes au crédit et assurent son remboursement (pression sociale). Toute l'intelligence du projet mutualiste, son adaptation à l'Afrique où les pratiques communautaires restent fortes, réside dans cette approche sociologique.

Si l'accent est d'abord mis sur la capacité de remboursement du bénéficiaire, il n'y a pas d'octroi de crédit sans présentation de garanties solides physiques et/ou morales telles que:

  • Apport personnel.Sauf dans les systèmes "grameen bank" (crédit solidaire) où les prêts sont plus petits, l'épargne préalable et/ou l'apport personnel sont nécessaires à l'obtention d'un crédit. Il est très variable mais quasiment partout obligatoire pour pouvoir obtenir un crédit, se faisant soit sous forme d'épargne, soit en cash, soit 25 à 30% du montant sollicité.
  •  Nantissement. Le matériel acheté grâce au financement d'un SFD est en général nanti: il n'appartient en pleine propriété au bénéficiaire du crédit qu'après le paiement de la dernière échéance.
  • Aval sur salaire. Certains SFD demandent l'aval d'un salarié, qui s'engage à rembourser les mensualités du crédit en cas de défaillance de l'emprunteur.
  • Acte de propriété. Même en milieu rural, cette garantie peut être utilisée: par exemple, à l'office du Niger, la terre peut être confisquée et louée jusqu'à ce que la dette du propriétaire soit effacée alors que la terre appartient théoriquement à l'Etat.
  • Caution solidaire. La caution solidaire est souvent utilisée pour garantir les crédits financés sur d'autres fonds que sur l'épargne, en particulier dans le secteur du crédit solidaire. Elle peut aussi être utilisée dans le cadre de coopératives de petits producteurs comme les artisans..

Tout prêt en souffrance fait l'objet d'actions de recouvrement très strictes avec des pénalités de retard et, en cas de mauvaise foi, l'intervention de la police.

.................

 B. Inadaptation des SFD par rapport aux besoins des PE.

 1. Des produits financiers peu diversifiés.

 A l'inverse des projets, bien dotés en fonds de crédit non remboursables comme par exemple les projets financés par le FED décrits plus haut, qui octroient des prêts à moyen terme (4 ans en moyenne) et dont les montants peuvent être élevés (4 à 5 millions FCFA dans les projets du FED au Sénégal et au Mali), les SFD octroient des prêts sur le court terme (en général moins d'un an), d'un montant faible (de 50.000 à un million FCFA), assortis de taux d'intérêt élevés (20% en moyenne) qui servent surtout à financer des fonds de roulement.

 a) Montant des prêts

 De nombreux SFD sont des mutuelles qui ont été initiées dans le monde rural. Leurs membres n'ont pas les mêmes besoins que les petits entrepreneurs et souvent, en particulier dans le secteur du crédit solidaire où les SFD sont nombreux, les montants des crédits sont trop faibles pour financer une PE. Seuls certains SFD tels que PRODIA, l'ACEP, le RCPB, Taimaco, ou éventuellement Nyesigiso, offrent des prêts moyens suffisants pour satisfaire les petits entrepreneurs. PRODIA peut intervenir jusqu'à 2 millions FCFA et le Réseau des caisses populaires jusqu'à 3 millions, l'apport personnel ou l'épargne minimum servant de garantie étant de 25% pour PRODIA et de 20% pour le RCPB. Seuls l'ACEP et Taimaco ont un niveau d'intervention significatif pour permettre l'achat ou le renouvellement d'équipement..

 b) Taux d'intérêt

Quant aux taux d'intérêt presque toujours plus élevés que ceux pratiqués par le secteur bancaire, ils sont parfois prohibitifs pour permettre la rentabilisation d'un matériel équipement, les mensualités de remboursement devenant trop élevées... Même le taux d'intérêt de 27% autorisé par la loi Parmec reste élevé pour rentabiliser l'achat d'équipements ; or nombreux les SFD qui pratiquent des taux de 40% comme le CIDR au Mali ou VITA en Afrique centrale.

 c) Terme

Si le long terme n'est pas un produit financier à développer vu les faibles ressources des SFD et la fragilité des garanties sur une période trop étendue, les investissements productifs ne peuvent être financés sur le court terme, à moins qu'ils ne soient d'un montant peu élevé. Or, à l'exception de l'ACEP qui depuis peu de temps offre beaucoup de crédits sur le moyen terme au Sénégal, la plupart des SFD octroient des prêts aux PE sur un terme moyen inférieur à un an, souvent même inférieur à 6 mois, ce qui est insuffisant pour permettre le remboursement d'un équipement. Mêmes des systèmes solides comme Kafo Jiginew au Mali ou le RCPB au Burkina Faso n'offrent qu'exceptionnellement des crédits sur le moyen terme, surtout pour de l'équipement agricole..

d) Investissement et fonds de roulement

Par souci de rentabilité, les SFD sont plus focalisés sur les activités de commercialisation que sur les activités de production. Ainsi PRODIA ou l'ACEP financent plus volontiers le commerce ou le transport que des activités de production innovantes dans de petites entreprises dynamiques. En effet, un fonds de roulement se rembourse facilement sur le court terme, alors que le financement d'un équipement doit se faire sur le long terme. De surcroît, son remboursement est plus difficile et plus risqué car il faut atteindre un chiffre d'affaires minimal (point mort) pour le rentabiliser et dégager un excédent brut d'exploitation suffisant pour rembourser l'emprunt...

2. Une dynamisation externe risquée

Les SFD représentent l'un des succès les plus probants rencontrés dans le domaine du développement au cours des deux dernières (et cruelles) décennies. Aussi beaucoup de bailleurs de fonds veulent aujourd'hui les utiliser dans le cadre de leurs programmes. Il ne faudrait pas cependant que l'afflux de millions de dollars pervertisse ce bel (et sophistiqué) instrument qui s'appelle la microfinance.

 Les SFD sont à la mode

 Un soutien trop actif des bailleurs de fonds risque de fragiliser les SFD au lieu de les renforcer. Il faut éviter les interventions massives qui mettent soudain trop d'argent à la disposition d'un système en stipulant qu'il doit créer un nombre minimum de caisses par an. Ceci n'a plus aucun rapport avec la philosophie de base des caisses mutualistes, caractérisée par la prudence et un long apprentissage.

En effet l'installation de Fonds de garantie ou de Lignes de crédit pour accélérer l'accès au crédit des petits entrepreneurs ou favoriser la mise en place de nouveaux produits financiers peut être dangereuse. Le crédit est une longue patience et, en accélérant son processus, on augmente les risques d'impayés. Or dès que l'on permet à la maladie de l'impayé de se déclarer, elle dégénère rapidement en gangrène : les mauvais payeurs, qui ne sont pas sanctionnés, tuent le crédit et déstabilisent les bons payeurs comme la mauvaise monnaie chasse la bonne...

 Il ne faut pas cependant oublier la fragilité de ces systèmes, souvent initiés dans des zones rurales où le contexte sociologique est plus favorable au concept de l'argent chaud qu'il faut impérativement rembourser au risque d'avoir des comptes à rendre à ses parents, à ses concitoyens, éventuellement aux fétiches ou aux ancêtres... Ainsi, après de longues périodes de scepticisme, il ne faut les destabiliser en les noyant sous un monceau d'or et de missions impossibles à remplir pour de petites structures. Les SFD les plus performants sont trop sollicités et on oublie leur longue et parfois douloureuse gestation au cours de la dernière décennie. C'est la raison pour laquelle ils sont parfois inadaptés à de nombreuses fonctions, dont celle d'appui aux petites et microentreprises.